30ème journée de C.F.A du groupe B - AS Yzeure 2 - 2 US Raon l'Etape, SAS Epinal 1 - 1 AS Moulins, Jura Sud Foot 4 - 0 HS Vesoul, FC Sochaux 2 - 0 FC Mulhouse, Lyon 3 - 1 MDA Chasselay, AS Lyon Duchère 2 - 3 ASM Belfort, FC Montceau 0 - 1 FC Villefranche, US Sarre Union 0 - 1 AS Saint-Priest

Istres, ombre et lumières

Impossible de grandir dans l’ombre de Marseille ?

A Istres, on tend à démontrer le contraire.

Le club est en passe d’y arriver.

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Sans nom ronflant dans son effectif mais avec l'un des jeux les plus chatoyants de la division, Istres flirte à quelques encablures d'un podium de Ligue 2 dont-il peut toujours rêver en fin d'exercice.

RAON-L’ETAPE – ISTRES

Il y a dix jours, tous ceux qui pensaient prendre un billet pour voir Valenciennes au stade Paul-Gasser en 16es de finale ont pleuré.

Et pas tous pour les mêmes raisons.

Il y a ceux qui ont suivi, de loin, cet Istres – Valenciennes, sans rien savoir des Azuréens.

Sinon, peut-être, qu’ils crèchent depuis mars 2007 dans un stade Parsemain ventilé par le Mistral, aux strapontins encore quasi neuf à force de ne pas y accueillir de séant (17 000 places, à peine 2 000 occupées les soirs de match).

Leur division ? Ligue 2, apparemment.

Des joueurs connus ? Avec un budget ras des pâquerettes, le club pioche en Ligue 2, un peu, en National, surtout, alors question noms ronflants…

Non, vraiment, de loin, Istres n’est qu’un club de plus à avoir tenté de sortir de l’ombre de l’Olympique de Marseille, une stèle « 2e grand club de région PACA » posée entre le cadavre martégal et une association de fortune entre Arles et Avignon.

Par contre, ceux qui y regardent de plus prêt pleurent pour une autre raison.

Parce qu’Istres, c’est d’abord une équipe qui joue sacrément bien au ballon. Anonyme 11e de National en 2007-2008 alors qu’il vient de se coter en Bourse (!) l’été précédent, le Football Club Istres Ouest Provence (FCIOP, pas le genre de slogan qu’on peut scander en gradin…) et son propriétaire Bernard Calvignac, qui se donnaient cinq ans pour retrouver la L1, sont peut-être en passe de tenir ce pari, dans une Ligue 2 où ses 5 millions d’euros sont moitié moins que le 10e budget de la division…

Un projet fou, surtout que, comme Martigues à son époque, le club aurait pu disparaître du paysage footballistique français.

Suite à un raté tournant à la plaisanterie quand, en 2004, une montée inattendue en Ligue 1, sans un kopeck, sans même un stade, tourne au ridicule.

Istres recrute à tout va, tape surtout dans les anciennes gloires sur le déclin (Ibrahima Bakayoko, Florian Maurice), joue (ou du moins essaye) à Nîmes jusqu’en mars, prend un 8-0 à Lille en avril, et redescend bon dernier avec 6 victoires, 32 points, et en ayant bien fait rire la France du foot. Deux ans plus tard, Istres tombe même en National…

Fin de l’histoire ? Au contraire, le début d’une réminiscence, sur d’autres fondations. Car, à l’été 2007, le club repart de 0,5. « Quand nous sommes arrivés, explique Henry Cremades, président du directoire, il n’y avait pas de politique de formation, le club n’avait pas les moyens financiers pour recruter sur le marché des transferts et l’image de club identitaire était véhiculée par d’autres clubs dans la région. »

Parce qu’outre Marseille, à l’est, Montpellier et Nîmes se partagent l’affiche à l’ouest.

Le long de la grande plage, Istres n’a guère de place pour poser la serviette.

Il fallait donc une étiquette à l’entité azuréenne pour survivre au milieu des loups.

Ce sera celle de club tremplin.

On n’emprunte plus n’importe comment, on fait maison.

Le centre de formation sera bientôt agréé par la Fédération française de football, et c’est presque paradoxalement que les affluences de Parsemain, son stade de Fos-sur-Mer, ont aidé en ce sens.

Au contraire d’un OM où chaque gamin est vite, trop vite sur le devant de la scène. « Ici, un jeune a le temps de grandir, il n’y a pas de pression excessive. Il ne tremble pas de se faire insulter ou caillasser dans le bus. De toute manière, s’il y en a un qui avait le malheur de faire ça, il n’irait pas loin : je connais le prénom de tous les gens qui viennent au stade ! »

Dixit le manager général Bertrand Benoît, dans un article paru le 18 décembre dans France Football.

L’hebdomadaire y consacrait Istres comme le club de Ligue 2 de l’année 2012, rien de moins.

Sixième à la trêve, avec le plus petit budget, des joueurs méconnus, un papy de 38 ans (Nassim Akrour) plus vieux joueur professionnel en activité en France… mais quelques perles, dont Nicolas De Préville, international espoir courtisé en L1, son portier Denis Petric, ou Youcef Touati, pourtant rejeté cet été du Red Star, son club de toujours.

Sous la houlette de José Pasqualetti, coach arrivé pour lui éviter la rechute en National en mars 2010, Istres se remet à rêver de Ligue 1.

Sa performance contre Valenciennes en 32es de finale de la Coupe de France au terme d’un match fou (3-3, 4 tirs au but à 3) lui prouve que tout est possible.

Reste le championnat, où les Azuréens n’ont plus gagné depuis quatre matchs.

Ça tombe bien car, demain, c’est Monaco qui se présente à Parsemain. Monaco, le richissime presque-voisin, coleader de L2, et qui, en un transfert (celui de l’Argentin Lucas Ocampos, pour 11 millions !), a claqué plus de deux fois le budget istréen.

Et pourtant, c’est peut-être l’ogre monégasque qui pleurera demain soir. Car Istres ne fait vraiment plus rire personne. Si ce n’est sa poignée de supporters…

« Ici, un jeune a le temps de grandir. » Bertrand Benoît, manager général

vosges-matin.jpg  P-E. B.

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Date de dernière mise à jour : 17/01/2013

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